21 mars 2013 | Québec
Quand un petit changement dans les habitudes mérite une attention particulière
Une personne qui participe habituellement à sa toilette demande soudainement davantage d'aide. Une autre mange moins que d'habitude ou semble moins intéressée par les conversations. Ailleurs, un résident qui se déplace normalement avec aisance hésite à se lever.
Pris isolément, ces changements peuvent paraître anodins. Pourtant, lorsqu'ils contrastent avec le comportement habituel d'une personne, ils méritent parfois une attention particulière.
Les préposé(e)s aux bénéficiaires (PAB) et les auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS) occupent une position privilégiée pour reconnaître ces différences, puisqu'ils accompagnent régulièrement les personnes dans leurs activités quotidiennes.
Cette vigilance fait notamment partie des compétences abordées dans le programme de Soutien aux services d'assistance en établissement de santé et de services sociaux – 5405 DEP, offert par le Collège CDI.
Pourquoi la connaissance des habitudes est-elle si importante?
Reconnaître un changement suppose d'abord de connaître ce qui est habituel pour une personne.
Deux personnes peuvent avoir des capacités, des habitudes ou des comportements très différents sans que cela n’indique nécessairement un problème.
Une personne peut naturellement parler peu, tandis qu'une autre aime échanger longuement avec les intervenants. Certaines prennent leurs repas lentement; d'autres préfèrent participer activement à leur habillage.
Ce qui mérite l'attention n'est donc pas toujours le comportement lui-même, mais la différence entre ce qui est observé aujourd'hui et ce qui est habituel pour cette personne.
Grâce à leurs interventions régulières, les préposé(e)s peuvent développer une meilleure connaissance de ces particularités.
Cette familiarité leur permet parfois de remarquer des changements qui seraient moins évidents pour quelqu'un qui rencontre la personne pour la première fois.
Il ne s'agit pas de surveiller chaque geste avec inquiétude, mais de rester attentif à l'évolution des besoins et des capacités.
Quels changements peuvent attirer l'attention?
Les changements ne se manifestent pas tous de la même façon.
Certains concernent les capacités physiques, tandis que d'autres touchent aux habitudes ou aux interactions quotidiennes.
Les préposé(e)s peuvent notamment remarquer :
- La mobilité : une personne éprouve davantage de difficultés à marcher, à se lever ou à changer de position.
- L'autonomie : une activité habituellement réalisée avec peu d'assistance nécessite soudainement davantage d'aide.
- L'alimentation : une personne mange ou boit sensiblement moins qu'à l'habitude.
- Le comportement : elle paraît plus agitée, plus retirée ou réagit différemment aux interactions.
- La communication : elle éprouve de nouvelles difficultés à s'exprimer ou à participer aux échanges.
- L'énergie : elle semble exceptionnellement fatiguée ou moins disposée à accomplir ses activités habituelles.
Ces exemples ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer la cause d'un changement.
Ils relèvent plutôt d'observations susceptibles de nécessiter une transmission aux professionnels concernés.
L'important est de ne pas présumer qu'un comportement inhabituel est sans conséquence simplement parce qu'il semble mineur.
Un changement soudain et une évolution progressive : quelle différence?
Certains changements apparaissent rapidement.
Une personne qui se déplace normalement le matin peut présenter une difficulté inhabituelle quelques heures plus tard.
D'autres évolutions sont plus graduelles. Au fil des jours, une personne peut demander davantage d'assistance, participer moins à certaines activités ou modifier ses habitudes alimentaires.
Dans les deux cas, la vigilance est importante, mais la manière de réagir dépend de la situation et des procédures établies.
Un changement soudain ou préoccupant peut nécessiter une communication immédiate, notamment lorsqu'il compromet la sécurité ou s'accompagne de signes inhabituels importants.
Une évolution plus progressive mérite également d'être signalée conformément aux consignes du milieu, afin que les professionnels responsables puissent en assurer le suivi.
Les préposé(e)s ne doivent pas attendre qu'une situation devienne grave pour transmettre une observation pertinente.
Ils doivent toutefois éviter de déterminer eux-mêmes la signification clinique du changement.
Comment transmettre une observation utile?
Dire qu'une personne « ne semble pas bien » peut exprimer une préoccupation, mais cette formulation fournit peu d'informations précises.
Une observation professionnelle gagne à décrire ce qui a réellement été constaté.
Par exemple, plutôt que d'affirmer qu'une personne « perd son autonomie », le préposé peut signaler qu'elle a eu besoin d'une assistance supplémentaire pour une activité qu'elle réalisait habituellement avec moins d'aide.
De même, au lieu de conclure qu'une personne est « déprimée », il peut mentionner qu'elle a moins participé aux échanges et aux activités qu'à l'habitude.
Les renseignements utiles peuvent comprendre :
- le changement observé;
- le moment où il a été remarqué;
- les circonstances dans lesquelles il s'est produit;
- les propos exprimés par la personne, lorsqu'ils sont pertinents;
- les différences par rapport à ses habitudes connues.
La transmission doit respecter les procédures de l'établissement et les responsabilités du préposé.
Cette démarche complète le rôle des observations dans les services d'assistance en mettant l'accent sur leur évolution au fil du temps.
Pourquoi ne faut-il pas interpréter soi-même les changements?
Lorsqu'un comportement inhabituel apparaît, il peut être tentant d'en chercher immédiatement la cause.
Une personne qui mange moins est-elle simplement fatiguée? Une difficulté à marcher est-elle liée à un inconfort passager? Un changement d'humeur est-il attribuable à une mauvaise nuit?
Plusieurs explications peuvent être envisagées, mais les préposé(e)s ne sont pas responsables de poser un diagnostic.
Leur rôle consiste à reconnaître les faits pertinents, à assurer l'assistance prévue dans les limites de leurs fonctions et à transmettre les renseignements aux professionnels concernés.
Il faut également éviter de banaliser un changement en l'attribuant automatiquement à l'âge, à une condition connue ou aux habitudes de la personne.
Reconnaître un changement, ce n'est pas en expliquer la cause. C'est comprendre qu'il mérite peut-être d'être porté à l'attention de l'équipe.
Cette distinction requiert du jugement professionnel et le respect des responsabilités de chacun.
Adapter l'assistance lorsque les besoins évoluent
Un changement dans les capacités d'une personne peut avoir des conséquences immédiates sur ses activités quotidiennes.
Une personne plus fatiguée peut avoir besoin de plus de temps pour s'habiller. Une nouvelle difficulté à se déplacer peut soulever des préoccupations en matière de sécurité. Un changement dans la communication peut nécessiter une approche plus patiente.
Les préposé(e)s doivent tenir compte de ces réalités tout en respectant les consignes établies.
Ils peuvent notamment adapter leur rythme, reformuler leurs explications ou accorder une attention particulière au confort de la personne.
En revanche, lorsqu'une situation nécessite une modification des interventions prévues ou une nouvelle évaluation, ils doivent consulter les professionnels responsables.
C'est pourquoi l'adaptation aux besoins de chaque personne doit toujours s'accompagner du respect des limites professionnelles.
Une vigilance qui se développe avec la pratique
La capacité à reconnaître les changements ne repose pas uniquement sur l'expérience.
Elle nécessite de comprendre les besoins des personnes accompagnées, d'observer attentivement et de communiquer avec précision.
Durant leur formation, les futurs PAB et ASSS développent notamment leurs compétences en observation, en communication professionnelle et en assistance adaptée à différentes situations.
Les exercices pratiques et les mises en situation les aident à reconnaître les circonstances dans lesquelles une information doit être transmise à l'équipe.
Avec l'expérience, cette vigilance peut s'affiner grâce à une meilleure connaissance des personnes, sans jamais se substituer aux procédures et aux responsabilités professionnelles.
Foire aux questions
1. Quels changements les préposé(e)s aux bénéficiaires doivent-ils surveiller?
Ils doivent demeurer attentifs aux changements inhabituels touchant notamment la mobilité, l'autonomie, l'alimentation, la communication, le comportement ou l'énergie des personnes accompagnées.
2. Un changement mineur doit-il toujours être signalé?
Un changement qui paraît mineur peut s'avérer pertinent lorsqu'il s'écarte des habitudes de la personne. Le préposé doit suivre les consignes de son milieu pour déterminer comment et à qui transmettre ses observations, sans attendre qu'une situation exige une intervention urgente.
3. Les préposé(e)s aux bénéficiaires peuvent-ils déterminer la cause d'un changement?
Non. Ils peuvent reconnaître et décrire des changements, mais l'évaluation clinique et le diagnostic relèvent des professionnels habilités. Leur contribution consiste à transmettre des observations précises et à respecter les interventions prévues.
Pour aller plus loin
👉 Services d'assistance en santé : comprendre le domaine et ses perspectives
👉 Pourquoi les préposé(e)s aux bénéficiaires doivent-ils faire preuve de jugement professionnel?
👉 Pourquoi les préposé(e)s aux bénéficiaires doivent-ils travailler en équipe?