8 mai 2014 | Québec
S’intéresser aux répercussions sur le quotidien plutôt qu’au diagnostic
Les troubles neurologiques regroupent des réalités très diverses. Selon la situation, ils peuvent avoir des répercussions sur certaines capacités, les comportements, la communication, les apprentissages, l’autonomie ou la participation aux activités du quotidien.
Ces manifestations ne sont toutefois ni identiques ni présentes chez toutes les personnes. Deux personnes ayant un trouble neurologique peuvent présenter des besoins très différents.
En éducation spécialisée, l’objectif n’est ni de diagnostiquer ni de traiter le trouble neurologique. L’intervention porte plutôt sur les besoins d’adaptation de la personne et sur les moyens susceptibles de favoriser son autonomie, son fonctionnement et sa participation dans ses différents milieux de vie.
Les troubles neurologiques font partie des réalités abordées auprès des clientèles du programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI.
Qu’entend-on par trouble neurologique en éducation spécialisée?
Un trouble neurologique concerne le fonctionnement du système nerveux, mais cette appellation englobe une grande diversité de situations.
Pour l’éducatrice ou l’éducateur spécialisé, connaître le diagnostic peut fournir des informations utiles, mais il ne permet pas, à lui seul, de déterminer l’intervention.
Ce qui importe surtout, c’est de comprendre comment la situation se manifeste concrètement chez la personne accompagnée.
Rencontre-t-elle des difficultés dans ses activités quotidiennes? Dans sa communication? Dans ses interactions? Dans ses apprentissages? A-t-elle besoin d’un soutien particulier pour s’organiser, participer à une activité ou développer certaines habiletés?
Ce sont ces manifestations et ces besoins qui orientent l’intervention en éducation spécialisée.
Cette distinction est essentielle pour demeurer dans le rôle d’intervenant : comprendre les répercussions sur l’adaptation plutôt que de chercher à expliquer ou à traiter la condition médicale.
Pourquoi le diagnostic ne suffit-il pas à déterminer les besoins?
Un même diagnostic peut se manifester différemment d’une personne à l’autre.
L’âge, les capacités, le développement, l’environnement, le réseau de soutien et de nombreux autres facteurs peuvent influencer le fonctionnement quotidien.
Il serait donc risqué de partir d’un diagnostic et de présumer automatiquement ce qu’une personne peut ou non faire.
L’éducation spécialisée adopte plutôt une approche individualisée.
Il faut observer la personne, comprendre son fonctionnement, identifier ses capacités et ses besoins, et déterminer les situations où un soutien pourrait être utile.
L’intervention s'adapte ainsi à la personne plutôt que d'appliquer une méthode prédéterminée à toutes celles présentant le même trouble.
👉 Découvrez également : Travailler avec des clientèles diversifiées en éducation spécialisée
Quel rôle joue l’observation?
L’observation permet de recueillir des informations sur ce qui se produit réellement dans différentes situations.
Une personne peut, par exemple, rencontrer une difficulté dans un contexte précis mais fonctionner de manière beaucoup plus autonome dans un autre.
Il devient alors pertinent de se demander ce qui change entre ces situations.
Quelles sont les conditions dans lesquelles la difficulté apparaît? Que se passe-t-il avant et après? Quels moyens la personne utilise-t-elle déjà? Certains éléments semblent-ils faciliter son fonctionnement?
Cette démarche permet de dépasser les impressions générales.
Elle contribue également à distinguer ce qui est observé de l’interprétation que l’on pourrait en faire. Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’un comportement pourrait être attribué trop rapidement à un trouble neurologique.
👉 Découvrez également : Biais d’observation : comment éviter de tirer des conclusions trop rapidement?
Pourquoi faut-il considérer la personne dans son ensemble?
Les besoins d’une personne ne peuvent pas être compris uniquement à partir d’une dimension biologique ou neurologique.
Son environnement, ses expériences, ses relations, ses capacités, ainsi que divers facteurs psychologiques et sociaux, peuvent également influencer son adaptation.
La perspective biopsychosociale abordée dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U permet justement de considérer ces différentes dimensions.
Une difficulté observée dans une activité peut, par exemple, être liée à plusieurs facteurs qui interagissent entre eux.
L’intervention cherche alors à comprendre cette interaction plutôt que d’attribuer systématiquement chaque difficulté au trouble neurologique.
Cette approche permet de poser une question plus utile : quels facteurs influencent actuellement le fonctionnement de cette personne et sur lesquels est-il possible d’agir dans le cadre de l’intervention?
Comment adapter la communication?
Certains besoins peuvent concerner la manière dont une personne reçoit, traite ou exprime l’information.
Lorsque c’est le cas, la communication doit être adaptée à ses capacités.
Il peut être nécessaire de modifier la manière de présenter une information, de vérifier sa compréhension ou de tenir compte des moyens de communication déjà utilisés par la personne.
L’observation des dimensions verbales et non verbales peut également fournir des informations importantes.
Mais là encore, aucune adaptation ne doit être présumée uniquement à partir d'un diagnostic.
La bonne stratégie de communication est celle qui correspond aux capacités et aux besoins observés chez cette personne, dans cette situation.
Le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U comprend notamment des apprentissages consacrés à la communication et aux interrelations ainsi qu’à la relation d’aide.
Comment soutenir l’autonomie?
L’autonomie peut prendre des formes différentes selon les capacités et les besoins de la personne.
Pour certaines activités, un accompagnement peut s’avérer nécessaire. Pour d’autres, la personne peut être capable d’agir de manière autonome ou avec une adaptation relativement limitée.
L’intervention doit donc éviter de faire systématiquement à sa place ce qu’elle peut accomplir elle-même.
Elle doit également éviter de retirer trop rapidement un soutien qui demeure nécessaire.
L’objectif consiste à trouver un niveau d’accompagnement qui permette à la personne de mobiliser ses capacités tout en recevant l’aide dont elle a réellement besoin.
Au fil de l’intervention, ce soutien peut être ajusté en fonction de l’évolution observée.
Comment adapter une activité d’intervention?
Une activité d’intervention vise un objectif déterminé à partir des besoins de la personne ou du groupe.
Lorsque certaines capacités sont affectées, il peut être nécessaire d’adapter la manière dont cette activité est organisée.
L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé peut notamment réfléchir au niveau de difficulté, aux différentes étapes de l’activité, aux consignes, au rythme ou aux moyens permettant à la personne d’y participer.
L’objectif n’est pas nécessairement de remplacer l’activité par quelque chose de complètement différent.
Il s’agit plutôt de rechercher, lorsque c’est possible, les adaptations permettant de maintenir une participation significative tout en poursuivant l’objectif d’intervention.
Cette démarche s’inscrit dans les apprentissages consacrés à la conception, à l’animation et à l’évaluation d’activités du programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U.
👉 Découvrez également : Comment concevoir une activité d’intervention en éducation spécialisée?
Pourquoi l’environnement doit-il aussi être examiné?
Une difficulté peut résulter de l’interaction entre les capacités de la personne et les exigences de son environnement.
Modifier certains éléments du contexte peut parfois faciliter le fonctionnement ou la participation.
Il peut donc être pertinent d’observer l’organisation d’une activité, les attentes du milieu, les interactions avec les autres, ainsi que les ressources disponibles.
Cette réflexion permet d’éviter de considérer automatiquement que la personne elle-même doit être modifiée pour s’adapter à toutes les situations.
L’intervention peut aussi chercher à rendre certaines situations plus compatibles avec ses capacités et ses besoins.
C’est, encore une fois, l’une des raisons pour lesquelles une vision biopsychosociale est pertinente en éducation spécialisée.
Quelle place occupent les habiletés sociales?
Selon les besoins observés, les interactions sociales peuvent constituer une dimension à travailler dans le cadre de l’intervention.
Communiquer un besoin, participer à une activité de groupe, résoudre un désaccord ou comprendre certaines situations sociales peuvent constituer des objectifs pertinents pour certaines personnes.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une personne ayant un trouble neurologique présente nécessairement des difficultés sociales.
Une intervention dans ce domaine n’est pertinente que lorsqu’un besoin a été identifié.
Lorsqu’elle l’est, différentes activités ou situations peuvent être utilisées pour développer ou renforcer certaines habiletés en tenant compte des capacités et du rythme de la personne.
Pourquoi le plan d’intervention doit-il être individualisé?
Puisque les manifestations et les besoins peuvent varier considérablement, un plan d’intervention ne peut pas être établi uniquement sur la base du trouble neurologique.
Il doit reposer sur les besoins observés et sur les objectifs poursuivis avec la personne.
Des moyens peuvent ensuite être choisis et mis en œuvre.
L’évaluation permet de vérifier si ces moyens produisent les résultats recherchés. Si ce n’est pas le cas, l’intervention peut être ajustée.
Cette démarche évite de considérer une stratégie comme appropriée simplement parce qu’elle est parfois utilisée auprès d’une certaine clientèle.
Une intervention est pertinente lorsqu’elle répond aux besoins de la personne et que ses effets peuvent être observés et réévalués.
👉 Découvrez également : Pourquoi faut-il évaluer les résultats d’une intervention en éducation spécialisée?
Pourquoi la collaboration avec d’autres professionnels peut-elle être importante?
Lorsqu’une personne présente un trouble neurologique, plusieurs professionnels ou services peuvent intervenir selon ses besoins.
Le rôle de l’éducatrice ou de l’éducateur spécialisé demeure distinct des responsabilités médicales ou diagnostiques.
Ses observations sur le fonctionnement quotidien de la personne peuvent toutefois contribuer à la compréhension de certaines situations et au suivi des objectifs d’intervention.
La collaboration permet également de tenir compte des recommandations pertinentes formulées par les professionnels responsables d’autres dimensions de l’accompagnement.
Elle doit se faire dans le respect des rôles de chacun et des règles de confidentialité.
Le travail d’équipe devient alors un moyen de mettre en commun différentes perspectives sans confondre les champs de compétence.
Ne pas réduire la personne à son trouble
Le diagnostic peut aider à comprendre certaines dimensions d’une situation. Il ne raconte jamais, à lui seul, qui est la personne.
Ses capacités, ses intérêts, ses expériences, ses relations et ses objectifs font également partie de la réalité à prendre en compte.
Cette distinction est fondamentale en éducation spécialisée.
L’intervention ne cherche pas à faire disparaître une identité derrière une catégorie diagnostique. Elle vise plutôt à comprendre les besoins qui se manifestent au quotidien et à déterminer les moyens de soutenir l’adaptation, l’autonomie ou la participation.
Dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI, les étudiantes et étudiants développent des compétences en observation, en communication, en relation d’aide, en planification et en intervention auprès de clientèles aux réalités diverses.
Auprès d’une personne ayant un trouble neurologique, ces compétences permettent de partir de son fonctionnement réel et de ses besoins plutôt que de présumer l’intervention à partir de son diagnostic.
Foire aux questions
1. Quel rôle joue l’éducatrice ou l’éducateur spécialisé auprès d’une personne ayant un trouble neurologique?
Son rôle porte sur les besoins d’adaptation et les répercussions pouvant se manifester au quotidien, plutôt que sur le diagnostic ou le traitement médicaux. Selon la situation, l’intervention peut notamment concerner l’autonomie, la communication, les habiletés, les activités ou la participation de la personne.
2. Est-ce que toutes les personnes ayant le même trouble neurologique ont les mêmes besoins?
Non. Les manifestations peuvent varier considérablement d’une personne à l’autre. Les capacités, l’âge, l’environnement, le développement et le soutien disponible peuvent également influencer la situation. L’observation et l’analyse des besoins sont donc nécessaires pour individualiser l’intervention.
3. Pourquoi faut-il collaborer avec d’autres professionnels?
Certains besoins peuvent relever de professionnels ayant des responsabilités différentes de celles de l’éducatrice ou de l’éducateur spécialisé. La collaboration permet de réunir des informations et des perspectives complémentaires tout en maintenant clairement les limites du rôle de chacun.
Pour aller plus loin
👉 Techniques d’éducation spécialisée : comprendre le domaine et ses perspectives
👉 Adaptation biopsychosociale : pourquoi faut-il considérer la personne dans son ensemble?
👉 Communication verbale et non verbale : pourquoi faut-il savoir observer les deux?
👉 En savoir plus sur le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI