3 juin 2014 | Québec
Tenir compte de la façon dont une personne perçoit et comprend son environnement
Voir, entendre et accéder aux informations présentes dans son environnement jouent un rôle important dans de nombreuses activités du quotidien. Lorsqu’une personne présente une déficience sensorielle, certaines situations peuvent nécessiter des adaptations pour faciliter la communication, l’autonomie ou la participation.
Les besoins peuvent toutefois varier considérablement. Une déficience sensorielle ne permet pas, à elle seule, de déterminer les capacités d’une personne ni le soutien dont elle aura besoin.
En éducation spécialisée, l’intervention consiste notamment à observer les besoins de la personne, à comprendre les obstacles qu’elle rencontre et à adapter l’accompagnement à ses capacités et à son environnement.
Les déficiences sensorielles font partie des réalités abordées dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI, qui prépare les étudiantes et étudiants à intervenir auprès de clientèles diversifiées.
Qu’entend-on par déficience sensorielle?
Dans le contexte du programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U, les déficiences sensorielles font partie des réalités étudiées dans les cours consacrés aux clientèles.
Elles peuvent notamment concerner la vision ou l’audition et influencer la manière dont une personne accède à certaines informations ou interagit avec son environnement.
Pour l’éducatrice ou l’éducateur spécialisé, il ne s’agit ni de diagnostiquer la déficience ni d’intervenir sur ses aspects médicaux.
L’attention porte plutôt sur ses répercussions possibles au quotidien et sur les adaptations susceptibles de favoriser l’autonomie, la communication et la participation de la personne.
Deux personnes ayant une déficience sensorielle peuvent d’ailleurs présenter des capacités et des besoins très différents. L’intervention doit donc toujours être individualisée.
Pourquoi l’observation est-elle particulièrement importante?
Observer permet de comprendre comment une personne fonctionne dans différentes situations plutôt que de présumer ses besoins à partir de sa déficience.
Comment accède-t-elle aux informations qui l’entourent? Quelles stratégies utilise-t-elle déjà? Dans quelles situations rencontre-t-elle des difficultés? Certains éléments de l’environnement facilitent-ils ou compliquent-ils une activité?
L’observation permet également de repérer les moyens qui fonctionnent déjà.
Une personne peut avoir développé différentes stratégies pour communiquer, se déplacer, participer à une activité ou accomplir certaines tâches. Ces capacités constituent autant d'informations que les difficultés observées.
L’objectif consiste donc à établir un portrait qui tient compte à la fois des besoins, des capacités et des stratégies de la personne.
👉 Découvrez également : L’observation en éducation spécialisée : comprendre avant d’intervenir
Comment adapter la communication?
La communication ne repose pas uniquement sur les mots prononcés.
Les gestes, les expressions, le regard, la posture et d’autres éléments de l’environnement peuvent également transmettre de l’information. Selon la situation de la personne, certains de ces éléments peuvent être plus ou moins accessibles.
L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé doit donc être attentif à la manière dont la personne communique et reçoit l’information.
Adapter la communication peut notamment signifier modifier sa façon de transmettre une consigne, vérifier que l’information a été comprise ou utiliser les moyens de communication déjà employés par la personne et prévus dans son accompagnement.
Il ne faut surtout pas présumer qu’une personne ayant une déficience auditive, par exemple, communique nécessairement avec précision, ou qu’une personne ayant une déficience visuelle rencontre les mêmes obstacles qu’une autre.
L’adaptation part de la personne et de ses moyens de communication, et non uniquement de la catégorie de déficience.
👉 Découvrez également : Communication verbale et non verbale : pourquoi faut-il savoir observer les deux?
Pourquoi l’environnement fait-il partie de l’intervention?
Certaines difficultés peuvent apparaître ou s’aggraver en raison de l’environnement.
Une information présentée uniquement sous une forme difficilement accessible, une activité organisée sans tenir compte des capacités de la personne ou certains éléments de l’espace peuvent limiter sa participation.
Cela signifie que l’intervention ne doit pas nécessairement chercher à modifier la personne.
Elle peut aussi amener à examiner ce qui, dans l’environnement, pourrait être adapté.
Cette façon de comprendre la situation rejoint la perspective biopsychosociale abordée dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U. L’adaptation résulte de l’interaction entre plusieurs facteurs liés à la personne et à son environnement.
Observer le contexte permet ainsi de distinguer une difficulté propre à une activité d’un obstacle qui pourrait être réduit par une adaptation appropriée.
Comment favoriser l’autonomie?
Soutenir l’autonomie ne signifie pas nécessairement demander à la personne d’accomplir toutes les activités sans aide.
L’autonomie peut aussi passer par la capacité à exprimer un choix, à utiliser une stratégie adaptée, à demander le soutien nécessaire ou à participer activement à une activité.
L’intervention peut donc chercher à identifier ce que la personne réalise déjà et les habiletés qu’elle pourrait développer davantage.
Le niveau de soutien doit également être ajusté.
Une aide trop importante peut inutilement limiter les possibilités d'action de la personne. Une aide insuffisante peut, à l’inverse, rendre une activité difficilement accessible.
L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé cherche ainsi à déterminer quel soutien permet à la personne de participer le plus activement possible, en fonction de ses capacités et de ses besoins.
Comment adapter une activité d’intervention?
Les activités constituent l’un des moyens utilisables dans l’éducation spécialisée pour atteindre différents objectifs.
Lorsqu’une personne présente une déficience sensorielle, la manière dont l’activité est conçue et animée peut influencer sa capacité à y participer.
Il faut notamment réfléchir à la manière dont les consignes et les informations seront accessibles, aux capacités de la personne, aux objectifs poursuivis et aux adaptations nécessaires.
L’adaptation ne consiste pas simplement à proposer une activité différente.
Lorsque c’est possible, elle cherche plutôt à permettre à la personne de participer à une activité pertinente en modifiant les moyens mobilisés pour atteindre l’objectif.
Dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U, les étudiantes et étudiants apprennent notamment à concevoir, à animer et à évaluer des activités d’intervention adaptées aux besoins des clientèles.
👉 Découvrez également : Comment concevoir une activité d’intervention en éducation spécialisée?
Pourquoi faut-il éviter de présumer des capacités de la personne?
Une déficience visible ou connue peut parfois amener l'entourage à tirer rapidement des conclusions sur ce qu’une personne peut ou non faire.
Or, ces suppositions risquent de devenir elles-mêmes des obstacles.
C’est pourquoi l’observation et la communication sont essentielles avant de déterminer le niveau d’aide nécessaire.
Il faut également laisser à la personne la possibilité d’exprimer ses préférences et, selon ses capacités, de participer aux décisions qui la concernent.
Cette approche permet d’éviter que l’accompagnement soit construit autour de ce que l’intervenant imagine nécessaire plutôt qu’autour des besoins réellement observés et exprimés.
Quelle place occupent les habiletés sociales et la participation?
Une déficience sensorielle peut parfois influencer certaines interactions, notamment lorsque l’environnement ou les modes de communication posent des obstacles.
Cela ne signifie évidemment pas que la personne présente automatiquement des difficultés sur le plan social.
Lorsqu’un besoin est identifié, l’intervention peut toutefois soutenir certaines habiletés liées à la communication, aux interactions et à la participation au sein d’un groupe.
L’environnement doit encore une fois être pris en compte.
Une difficulté à participer à une conversation, par exemple, ne peut pas être analysée uniquement comme une caractéristique de la personne si les conditions dans lesquelles l’échange se déroule rendent l’information difficilement accessible.
L’intervention peut donc porter simultanément sur les habiletés de la personne et sur les conditions qui facilitent sa participation.
Pourquoi la relation d’aide demeure-t-elle essentielle?
Adapter une intervention demande d’abord de connaître la personne.
La relation d’aide crée un cadre permettant d’écouter son point de vue, de comprendre ses besoins et, lorsque c’est possible, de déterminer avec elle les moyens les plus pertinents.
La communication doit évidemment être adaptée afin que la personne puisse participer réellement à cet échange.
Cette dimension est importante parce qu’une intervention techniquement bien conçue peut néanmoins être peu pertinente si elle ne tient pas compte des préférences et des objectifs de la personne.
Le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U comprend des apprentissages consacrés à la communication, aux relations interpersonnelles et à la relation d’aide.
Ces compétences permettent de maintenir la personne au centre de la démarche d’intervention, quelle que soit la clientèle accompagnée.
Comment le plan d’intervention peut-il tenir compte des besoins sensoriels?
Le plan d’intervention permet de structurer les objectifs et les moyens retenus en fonction des besoins observés.
Auprès d’une personne ayant une déficience sensorielle, il peut notamment être nécessaire de tenir compte de la manière dont elle accède à l’information, communique, participe aux activités ou interagit avec son environnement.
Les objectifs doivent être individualisés plutôt que déterminés uniquement en fonction de la déficience.
Les moyens retenus doivent ensuite être évalués.
Une adaptation qui semblait appropriée peut s’avérer insuffisante ou, au contraire, ne plus être nécessaire lorsque la personne développe de nouvelles stratégies.
Le plan d’intervention permet ainsi d’inscrire l’accompagnement dans une démarche qui peut évoluer avec les besoins et les capacités de la personne.
Pourquoi la collaboration avec d’autres personnes peut-elle être nécessaire?
Selon la situation, plusieurs personnes peuvent contribuer à l’accompagnement.
L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé peut être appelé à travailler avec d’autres professionnels, des membres d’une équipe ou le réseau de soutien de la personne.
Cette collaboration peut notamment permettre de mieux cerner certains besoins, de connaître les stratégies déjà mises en œuvre et d’assurer une plus grande cohérence entre les interventions.
Elle doit toutefois respecter les rôles et responsabilités de chacun, ainsi que les règles de confidentialité.
L’éducation spécialisée apporte alors une contribution particulière par l’observation du fonctionnement de la personne au quotidien et par l’adaptation des interventions aux situations rencontrées.
Adapter l’accompagnement plutôt que définir la personne par sa déficience
Une déficience sensorielle peut influencer certaines activités, mais elle ne permet pas, à elle seule, de déterminer les besoins d’une personne.
L’intervention doit tenir compte de ses capacités, de ses moyens de communication, de ses stratégies, de son environnement et des objectifs poursuivis.
Observer avant de conclure, adapter la communication, examiner les obstacles présents dans l’environnement et favoriser une participation aussi active que possible permettent de construire un accompagnement davantage individualisé.
Dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI, les étudiantes et étudiants développent des compétences en observation, en communication, en relation d’aide, en planification et en adaptation des interventions auprès de clientèles diversifiées.
Auprès d’une personne ayant une déficience sensorielle, ces compétences permettent surtout de poser une question essentielle : de quoi cette personne a-t-elle réellement besoin pour participer davantage à la situation qu’elle vit?
Foire aux questions
1. Quel rôle peut jouer l’éducation spécialisée auprès d’une personne ayant une déficience sensorielle?
Selon les besoins et le contexte, l’accompagnement peut notamment viser la communication, l’autonomie, l’adaptation de certaines activités et la participation. L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé observe le fonctionnement de la personne et de son environnement afin de choisir des interventions adaptées, sans intervenir sur les aspects médicaux de la déficience.
2. Une déficience sensorielle entraîne-t-elle nécessairement des difficultés de communication?
Non. Les capacités, les besoins et les moyens de communication varient considérablement d’une personne à l’autre. Il faut donc éviter de tirer des conclusions uniquement à partir de la déficience et chercher plutôt à comprendre comment la personne communique et accède à l’information.
3. Pourquoi faut-il adapter l’environnement en éducation spécialisée?
Parce qu’une partie des obstacles rencontrés peut provenir des conditions dans lesquelles une activité ou une interaction se déroule. Adapter certains éléments de l’environnement peut faciliter l’accès à l’information, l’autonomie ou la participation sans modifier inutilement ce que la personne est capable de faire.
Pour aller plus loin
👉 Techniques d’éducation spécialisée : comprendre le domaine et ses perspectives
👉 Adaptation biopsychosociale : pourquoi faut-il considérer la personne dans son ensemble?
👉 Estime de soi et responsabilisation : comment les soutenir en éducation spécialisée?
👉 En savoir plus sur le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI