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Maltraitance et éducation spécialisée : quel rôle peut jouer l’éducateur spécialisé?

2 avril 2014 | Québec

Observer, écouter et agir dans les limites de son rôle professionnel

La maltraitance peut toucher des personnes de différents âges et se manifester dans des contextes très variés. Pour une éducatrice ou un éducateur spécialisé, être confronté à une situation préoccupante exige de faire preuve d’observation, de jugement professionnel et de prudence.

 

Son rôle n’est ni de mener une enquête ni de déterminer, à lui seul, si une personne est victime de maltraitance. Il peut toutefois être amené à observer des changements, à recevoir des confidences ou à constater des situations nécessitant une attention particulière.

 

En éducation spécialisée, il est donc important d’observer sans tirer de conclusions hâtives, d’écouter la personne, de consigner les informations pertinentes et d’agir conformément à ses responsabilités, aux procédures du milieu et aux obligations applicables.

 

La maltraitance fait partie des réalités abordées dans les apprentissages du programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI, notamment lorsqu’il s’agit des facteurs susceptibles d’influencer l’adaptation d’une personne.

Qu’entend-on par maltraitance?

La maltraitance ne se résume pas à une seule situation.

 

Elle peut prendre différentes formes et ne pas nécessairement se manifester de manière évidente. Elle peut également survenir dans divers milieux et concerner des personnes dont l’âge, les capacités et les réalités sont très différents.

 

Pour l’éducatrice ou l’éducateur spécialisé, l’enjeu n’est pas d’établir un diagnostic de maltraitance à partir d’un comportement ou d’un indice isolé.

 

Il s’agit plutôt de comprendre que toute situation préoccupante peut avoir des répercussions sur le bien-être, le comportement, les relations et l’adaptation d’une personne, et qu’elle ne doit pas être ignorée.

 

Cette distinction est importante : être attentif à une situation ne signifie pas conclure immédiatement ce qui s’est produit.

Pourquoi l’observation joue-t-elle un rôle important?

Les éducatrices et éducateurs spécialisés peuvent passer beaucoup de temps auprès des personnes qu’ils accompagnent dans leurs différents milieux de vie.

 

Cette proximité peut leur permettre de remarquer certains changements.

 

Une personne peut, par exemple, modifier son comportement, ses habitudes ou sa façon d’interagir. Elle peut sembler réagir différemment dans certaines situations ou en présence de certaines personnes.

 

Ces observations peuvent être pertinentes, mais elles doivent être décrites avec précision.

 

Plutôt que d’écrire qu’une personne « semble maltraitée », l’intervenant doit pouvoir distinguer ce qu’il a réellement vu ou entendu de l’interprétation qu’il pourrait en faire.

 

Cette rigueur permet de transmettre des informations plus objectives lorsque la situation doit être communiquée à d’autres personnes responsables.

 

👉 Découvrez également : L’observation en éducation spécialisée : comprendre avant d’intervenir

Pourquoi faut-il éviter de tirer des conclusions trop rapidement?

Un changement de comportement peut avoir de nombreuses explications.

 

Il serait donc imprudent de considérer automatiquement un comportement inhabituel comme une preuve de maltraitance. À l’inverse, l’absence d’un signe particulier ne permet pas nécessairement d’écarter toute préoccupation.

 

L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé doit donc maintenir une distinction entre l’observation, le questionnement et la conclusion.

Cette distinction protège également la personne accompagnée.

 

Une interprétation prématurée peut influencer la manière dont l’intervenant communique avec elle, avec son entourage ou avec les autres membres de l’équipe.

 

L’observation professionnelle consiste plutôt à recueillir les informations pertinentes, à demeurer attentif à leur contexte et à utiliser les mécanismes appropriés lorsqu’une situation soulève des préoccupations.

Comment réagir lorsqu’une personne se confie?

Une situation préoccupante ne se révèle pas toujours par l’observation. Une personne peut également choisir de parler de ce qu’elle vit.

 

À ce moment, la qualité de l’écoute devient particulièrement importante.

 

L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé doit permettre à la personne de s’exprimer dans un cadre professionnel, sans minimiser ce qu’elle raconte ni lui suggérer ce qu’elle devrait dire.

 

Il faut également éviter de transformer l’échange en un interrogatoire.

 

Le rôle de l’intervenant n’est pas de chercher à obtenir tous les détails nécessaires pour déterminer lui-même ce qui s’est produit. Il consiste plutôt à accueillir l’information pertinente et à agir ensuite dans les limites de ses responsabilités.

 

Les compétences en communication et en relation d’aide développées dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U prennent ici tout leur sens.

Pourquoi la relation de confiance est-elle importante?

Une personne peut hésiter à parler d’une situation qui la préoccupe.

 

La peur, la honte, l’incertitude, la dépendance à l’égard d’une autre personne ou simplement la difficulté à mettre des mots sur une expérience peuvent influencer sa façon de communiquer.

 

Une relation professionnelle fondée sur l’écoute et le respect peut favoriser l’expression de certains besoins ou préoccupations.

 

Cela ne signifie toutefois pas que l’intervenant doit promettre de garder secrète toute information reçue.

 

Selon la situation, certaines informations peuvent devoir être communiquées en vertu des obligations applicables ou des procédures du milieu.

 

La confiance professionnelle repose donc également sur la capacité à être clair quant aux limites de la confidentialité.

Confidentialité : peut-on garder pour soi une information préoccupante?

La confidentialité constitue une dimension importante de l’intervention, mais elle ne signifie pas que toutes les informations doivent demeurer entre l’intervenant et la personne accompagnée dans toutes les circonstances.

 

Les responsabilités peuvent varier selon la clientèle, la situation, le milieu et les lois applicables.

 

C’est pourquoi l’éducatrice ou l’éducateur spécialisé doit connaître les règles encadrant son travail et savoir à qui s’adresser lorsqu’une situation soulève un doute.

 

Il faut éviter deux erreurs : transmettre inutilement des renseignements personnels ou, à l’inverse, conserver une information qui devrait être communiquée conformément aux responsabilités applicables.

 

👉 Découvrez également : Éthique, confidentialité et limites professionnelles en éducation spécialisée

Quelle différence entre observer et enquêter?

Cette distinction est fondamentale.

 

Observer, c’est recueillir des informations dans le cadre de son rôle : ce que la personne dit, ce qui est constaté, le contexte dans lequel un comportement apparaît, ainsi que certains changements observés.

 

Enquêter, en revanche, consiste à rechercher les faits et les responsabilités entourant une situation.

 

Ce deuxième rôle ne revient pas à l’éducatrice ou à l’éducateur spécialisé simplement parce qu’il a observé quelque chose de préoccupant.

 

Multiplier les questions, chercher à confirmer une hypothèse ou confronter soi-même les personnes concernées peut dépasser le rôle de l’intervenant et nuire aux démarches à entreprendre par les personnes ou les autorités compétentes.

 

Le jugement professionnel consiste donc aussi à savoir jusqu’où s’étend son intervention et à quel moment d’autres ressources doivent prendre le relais.

Pourquoi les procédures peuvent-elles varier selon la situation?

La maltraitance peut concerner un enfant, un adolescent, un adulte, une personne ayant des limitations ou une personne âgée.

 

Les obligations et les démarches ne sont pas nécessairement identiques dans chacune de ces situations.

 

Le milieu dans lequel travaille l’éducatrice ou l’éducateur spécialisé peut également avoir ses propres procédures pour documenter une situation, informer une personne responsable ou orienter la situation vers la ressource appropriée.

 

C’est pourquoi il serait imprudent de réduire l’intervention à une seule consigne applicable à tous les contextes.

 

La compétence professionnelle consiste notamment à connaître les responsabilités associées à son milieu et à la clientèle accompagnée et à utiliser les mécanismes appropriés lorsqu’une situation l’exige.

Pourquoi la collaboration est-elle essentielle?

Une situation de maltraitance réelle ou soupçonnée peut dépasser largement le rôle d’un seul intervenant.

 

Selon le contexte, différents professionnels, responsables, services ou autorités peuvent devoir intervenir.

 

L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé peut contribuer à cette démarche par ses observations, les informations recueillies dans le cadre de son travail et sa connaissance du fonctionnement quotidien de la personne.

 

Cette contribution doit demeurer précise et professionnelle.

 

Il ne s’agit pas de convaincre les autres de sa propre interprétation, mais de transmettre les informations pertinentes afin que les personnes ayant les responsabilités appropriées puissent agir.

 

Le travail d’équipe et la connaissance des réseaux et des services deviennent donc particulièrement importants.

La maltraitance concerne-t-elle uniquement les enfants?

Non. Et c’est une distinction importante en éducation spécialisée.

 

Les éducatrices et éducateurs spécialisés peuvent intervenir auprès de clientèles de différents âges. Les situations de maltraitance peuvent donc se rencontrer dans des réalités très diverses.

 

Les manifestations, les facteurs de vulnérabilité, les ressources disponibles et les obligations applicables peuvent toutefois différer selon qu’il s’agit, par exemple, d’un jeune ou d’un adulte.

 

L’intervention doit donc toujours tenir compte de la personne et du contexte.

 

Cette diversité s’aligne directement sur la formation offerte dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U, qui prépare les étudiantes et étudiants à travailler auprès de clientèles aux réalités et aux besoins variés.

Pourquoi faut-il aussi considérer l’environnement de la personne?

Une situation préoccupante ne peut pas toujours être comprise en ne considérant que la personne.

 

Son milieu de vie, ses relations, son réseau de soutien et divers facteurs sociaux peuvent fournir des éléments clés pour comprendre son adaptation.

 

Certains facteurs peuvent accroître la vulnérabilité d’une personne, tandis que d’autres peuvent contribuer à la protéger ou à lui apporter du soutien.

 

Cette perspective permet de ne pas réduire la situation à un comportement individuel.

 

Elle rappelle également pourquoi l’éducation spécialisée s’intéresse à la personne dans son environnement, et non seulement aux manifestations visibles d’une difficulté.

 

👉 Découvrez également : Facteurs de risque et facteurs de protection : comment influencent-ils le développement?

Une situation qui mobilise plusieurs compétences professionnelles

Être confronté à une situation de maltraitance potentielle ne demande pas à l’éducatrice ou à l’éducateur spécialisé de devenir enquêteur, professionnel de la santé ou spécialiste juridique.

 

Cela mobilise plutôt plusieurs compétences déjà au cœur de l’éducation spécialisée : observer avec rigueur, communiquer, établir une relation d’aide, exercer son jugement professionnel, respecter la confidentialité, connaître les limites de son rôle et collaborer avec les ressources appropriées.

 

Dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI, les étudiantes et étudiants sont amenés à développer les différentes dimensions de l’intervention tout en étudiant des réalités susceptibles d’influencer l’adaptation, dont la maltraitance.

 

Face à une situation préoccupante, l’enjeu n’est donc pas de tirer rapidement une conclusion. Il s’agit de prendre au sérieux ce qui est observé ou communiqué, de demeurer dans son rôle et de savoir utiliser les mécanismes appropriés pour que la situation soit prise en charge.

Foire aux questions

1. Quel rôle peut jouer l’éducatrice ou l’éducateur spécialisé face à une situation de maltraitance?
Son rôle peut notamment consister à observer et à documenter les faits pertinents, à écouter la personne, à transmettre les informations nécessaires et à collaborer avec les personnes ou les ressources compétentes. Les démarches précises dépendent toutefois de la clientèle, du milieu, de la situation, ainsi que des obligations et des procédures applicables.

 

2. Un éducateur spécialisé peut-il déterminer qu’une personne est victime de maltraitance?
Une observation ou un changement de comportement ne suffit pas nécessairement à établir qu’il y a maltraitance. L’éducatrice ou l’éducateur spécialisé doit distinguer les faits de ses interprétations et éviter de mener sa propre enquête. Une situation préoccupante doit plutôt être traitée conformément aux responsabilités et aux mécanismes applicables.

 

3. La confidentialité empêche-t-elle de transmettre une information préoccupante?
Pas nécessairement. Les règles applicables peuvent varier selon la situation et la clientèle. L’intervenant doit connaître les limites de la confidentialité dans son contexte professionnel et les procédures à suivre lorsqu’une information doit être communiquée. Il est donc important de ne pas promettre une confidentialité absolue lorsqu’elle ne peut être garantie.

Pour aller plus loin

👉 Techniques d’éducation spécialisée : comprendre le domaine et ses perspectives

 

👉 Intimidation, violence et exclusion sociale : quel rôle peut jouer l’éducation spécialisée?

 

👉 Réseau de soutien : pourquoi est-il important en éducation spécialisée?

 

👉 En savoir plus sur le programme de Techniques d’éducation spécialisée – JNC.1U du Collège CDI

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